Dans la rame de métro, les gens

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Je sais, ça manque terriblement d’originalité, n’empêche que pour se lancer, ils sont pas mal les gens du métro. Y’a plein de choses à dire et on pourrait faire des dizaines de billets rien que sur le métro parisien. D’ailleurs, c’est bien pour ça que je me limite ici aux gens des rames de métro, et pas du métro tout court. Car ceux là, ils sont rien à voir avec ceux qui circulent dans les couloirs, ceux qui passent rapidement leur navigo ou se collent à vous pour passer.

Non, ceux des rames de métro ils ont quelques particularités bien à eux : ils sont en général trop nombreux, enfermés dans une rame, et surtout ils sont immobiles. Le métro a beau bouger, eux, ils ne peuvent plus ou plus trop du moins. Ils ne peuvent plus continuer leur allure rapide et éviter tous leurs congénères. Et là, c’est l’enfer. Car pas moyen d’y échapper, les millions d’autres utilisateurs du métro, ils sont là. Pas tous, mais une partie quand même. Suffisamment pour que chacun trouve sa technique pour faire comme si, non non, y’a personne.

C’est là que l’anthropologie de comptoir fait surface. L’immense majorité se divise en deux catégories.

Les lecteurs d’abord, la catégorie ancestrale. Mais attention, faut pas leur réserver le même traitement. Y’a celui qui lit un livre et celui, espèce apparue dans les années 2000, qui lit un feuillet intitulé 20 minutes, Métro, ou Direct matin. Les journaux gratuits d’ailleurs, c’est du tout en un : une présentation vague et surtout pas fatigante des informations, des grandes images, de l’astrologie et un sudoku. De quoi s’occuper sans s’épuiser et éviter de lever les yeux le juste temps du trajet, sans avoir aucun regret à le balancer à peine le pied sur le quai. Ce que Le Monde, le Figaro ou Libé ne permettent pas.

Ceux qui ont le courage de lire , pour de vrai, c’est à dire un journal traditionnel ou un truc de plus de 20 pages et sans images, il faudrait penser à les féliciter. Rentabiliser ainsi son temps, quotidiennement et intelligemment, c’est surhumain (à ce propos, il faut noter une catégorie qui tient de la légende urbaine : celui qui apprend l’anglais, le russe, le polonais.. dans le métro, un peu tous les jours avec ses ptits bouquins. Souvent cité, jamais rencontré). Mais on ne va pas tous les applaudir de la même manière quand même, faudrait pas se faire avoir : entre le dernier Goncourt, un policier, ou de la littérature du XIXème, y’a une différence.

Ensuite, les moins vertueux, les plus modernes et en plus forte expansion : le joueur, le surfeur, le facebookeur, le textoteur, ou le n’importe quoi qui ne se fasse que sur mobile. Et qui ne demande que ça. Là aussi, un certain nombre d’avantages : futiles et  divertissantes, de telles activités pourront être stoppées à tout moment et vous éviteront de croiser le regard de votre voisin. La magie du smartphone. A noter toutefois que les possibilités sont beaucoup plus limitées si vous ne possédez qu’un portable à l’ancienne, sans internet ou jeux multiples. Cela risque de vous conduire à l’envoi de nombreux sms sans but réel et à consulter continuellement vos anciens messages. Vous serez donc assez proches de la catégorie suivante.

Les inoccupés. Les chômeurs du métro. Ils ne font rien et n’ont rien à faire. L’horreur. Ils sont condamnés à éviter les regards des autres (car oui, en général ils sont plusieurs par rame), notamment ceux qui se reflètent dans la vitre durant les tunnels (la RATP est perverse). Les issues sont donc très limitées et il faudra alors choisir entre deux tactiques : fixer un objet quelconque (le plafond étant recommandé, ainsi que le sol) ou passer son regard d’un congénère à un autre, de préférence éloigné afin de ne pas passer pour un insistant aux intentions peu louables ou pire, d’attirer l’attention d’un de ces derniers. Leur sort est bien peu enviable et on se demande par quelle bêtise il n’ont basculé dans les autres catégories. Mais cette non-activité est rare et précieuse, permet de ne rien faire du tout une partie de la journée sans la moindre culpabilité et de livrer une observation faussement sociologiques de leurs voisins. Ce qui explique leur survie.

Enfin il y a ceux qui ne se soucient pas du regard des autres pour la simple raison qu’ils ne les voient pas. D’autres ont beau être à une proche distance et relativement nombreux, les gens de la dernière catégorie ne les voient simplement pas. Le problème, c’est que les autres peuvent les voir, et les entendre aussi. Ainsi, c’est dans cette catégorie que se retrouvent en général les individus les moins sympathiques : les je parle fort au téléphone ou avec les autres de mon espèce, je fume, je ne me lève pas de mon strapontin alors que tout le monde est debout….

Et puis, parfois sur les lignes 13 et 8, il y a NKM, qui vit ses moments de grâce dans des rames devenues pour elle (et elle seulement) un « lieu de charme ». Qu’elle vous inspire.

 

(article initialement de 2011)

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