Une guerre chaude, une cuve, une goutte d’eau

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Cela fait maintenant près de deux ans que j’ai arrêté de travailler. J’en ai profité pour faire plein de choses inutiles et quelques trucs utiles, comme faire la vaisselle. Presque deux ans, c’est long. Evidemment je pensais qu’après autant de temps, j’aurais un projet professionnel et un projet de vie bien ficelés. Que je saurais qui je suis et ce que je veux faire.

Eh bien non, loin s’en faut. Après tout ces mois, avec du temps à foison pour lire et réfléchir, ce n’est pas sur moi que j’ai tiré de grandes leçons, mais sur notre monde. Sur notre planète et notre système économique, qui « sont en guerre l’un contre l’autre » comme l’écrit Naomi Klein. Y’a comme un problème, un gros gros problème.

On saccage la planète, on détruit les habitats des autres êtres vivants, on extermine des animaux et des plantes, on exploite et surexploite.

Pourquoi fait-on ça ?

Et au nom de quoi on fait ça ? Pour acheter plus, toujours plus, des objets chics ou des daubes en plastique venus souvent de loin, qui nous procurent un plaisir éphémère avant de passer à autre chose, encore autre chose, un autre objet à acheter, à dévorer, à posséder. Pour vivre plus, se déplacer plus, faire plus, manger plus, mais jamais assez.

Et pour quoi au final ? Pour se sentir mieux ? Serein et heureux ? Non. Pour la concentration de richesses, de tonnes d’argent dans la poche de quelques uns ? Plutôt oui.

Voilà pourquoi on saccage la planète (du moins dans nos sociétés occidentales) : pour consommer frénétiquement, avec une addiction certaine et qu’au final un petit groupe de personnes persiste dans sa soif de puissance et d’argent. En accumulant elles aussi, pingrement, consciencieusement, inlassablement.

Tout ça pour une course à la consommation et à l’accumulation d’argent (pas le métal, juste ce truc d’échange virtuel), pour fabriquer ça, ça ou manger ça.

Mais il paraît que c’est bon pour l’économie ces trucs là. Moi aussi j’ai cru que l’économie c’était bien, que c’était tout et qu’il fallait faire des choses bonnes pour l’économie. J’ai cru qu’il ne fallait pas faire fuir les riches, qu’il fallait de la croissance, qu’il fallait que chacune et chacun fasse sa part pour le progrès économique du pays. Et à un moment (fortement aidée par la lecture de Serge Latouche), j’ai pris du recul. J’ai remis en question ce que je tenais pour « bon ». J’ai regardé plus loin qu’aujourd’hui, plus loin que quelques décennies. Et finalement les impératifs économiques semblent bien petits à l’échelle de notre planète. A quoi bon la croissance si elle détruit nos habitats ? Si elle tue des espèces animales et végétales ? Si elle risque de rendre la planète inhabitable pour beaucoup de nos arrières-petits enfants ? A quoi bon tout sacrifier pour une croissance qui ne profite désormais qu’à un petit nombre de personnes ? La réponse est non. On ne peut décemment pas saccager notre seule planète habitable dans l’univers pour une croissance économique dont on ne connaît même plus le but. En l’état de nos connaissances sur l’impact – désastreux- des activités humaines sur la planète, la poursuite de la croissance à tout prix tient plus du dogme et de l’obscurantisme que d’une démarche saine et réfléchie. Cessons de foncer droit dans le mur car ce serait bon pour l’économie.

Mais comment on en est arrivé là ?

La planète Terre existe depuis 4,5 milliards d’années. La vie y existerait depuis au moins 3,5 milliards d’années. L’être humain serait apparu il y a au moins 150 000 ans. Depuis les années 1800 et plus encore depuis les années 1950, l’humain, cet ingrat, s’est illustré par sa manie d’abîmer tout ce qui l’entoure, à savoir la planète Terre et son atmosphère. En 70 petites années il menace un équilibre planétaire qui a nécessité plus de 4,5 milliards d’années à se mettre au point. 4,5 milliards d’années mis au tapis en 70 ans. C’est comme si une simple petite goutte d’eau polluait à elle toute seule une grosse cuve de 3240 litres.

Depuis déjà quelques millénaires, l’humain se serait fait remarquer par quelques conneries blâmables (disparition des mammouths, destruction de forêts,…). Mais depuis la révolution industrielle, il bat des records. Depuis l’avènement de la société de consommation, il est au sommet. Et aujourd’hui, aujourd’hui même, le jour où vous lisez ces mots, l’être humain réussit l’exploit de débuter à lui tout seul une sixième extinction de masse. Pour ça, il a une recette simple, l’humain : ça tient en quatre phases.

Phase 1 Modification de la surface : je creuse, je coupe, j’abats, je casse, je rase. Soit pour prendre des éléments sur notre planète (bois, fer, cuivre, diamant, eau, pétrole,… le choix est vaste), soit pour utiliser l’espace libéré pour de l’élevage, de l’agriculture ou construire un édifice (maison, immeuble, pont, route, base de loisirs au coeur d’une forêt, aéroport en zone humide,… là aussi le choix est vaste). Bref, je modifie la surface de notre planète.

Phase 2 Production : avec des éléments, je produis soit un objet, soit un service, soit un truc à boire ou manger.

Phase 3 Transport : souvent, une fois fini, je transporte ailleurs le truc que je viens de produire.

Phase 4 Utilisation et fin : le truc pourra être consommé ou utilisé et jeté, souvent en polluant à son tour.

C’est simple non ? Ça n’a l’air de rien, mais si on répète ces opérations très souvent, quelques millions ou milliards de fois, en prenant soin à chaque étape d’utiliser de l’énergie (de préférence d’origine fossile qui rejettera du C02) et de disperser des pesticides et polluants dès que possible, on atteint un résultat d’une remarquable efficacité. Ajoutez à cela une organisation économique dont le but est de produire le plus de trucs possible et vous aurez droit à votre nom au Panthéon de l’Histoire comme « responsable de la sixième extinction massive des espèces ». Bravo homo sapiens, tu as réussi ce que personne n’avait fait jusque là.

Tout ça, par exemple, pour utiliser du pétrole formé en 20 millions d’années au moins (20 millions!) par la lente décomposition d’organismes vivants, pour fabriquer ce jouet affreux, utilisé 8 minutes, et qui jeté dans la nature mettrait plusieurs centaines d’années à disparaître.

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Tout ça pour produire des trucs qui souvent ne nous rendront pas mieux ou plus heureux, nous, citoyen-es des sociétés occidentales. Les cigarettes, les daubes en plastiques et tout ces objets qui s’entassent dans nos maisons et nos appartements qui finissent toujours par nous apparaitre trop petits. Si nous évitions de consommer une bonne partie de ces objets et services, on ne se sentirait pas plus mal, et même mieux. Et si nous révisions complètement notre modèle économique, ce serait encore mieux.

Très concrètement, c’est quoi le problème ?

La modification de la planète par les activités humaines est un gros gros problème. Qui a des grosses grosses conséquences qu’on ne peut plus décider d’ignorer.

Les diminutions et disparitions d’espèces animales et végétales

La sixième extinction massive des espèces aurait commencé du fait des humains et c’est pas réjouissant.

On peut prendre trois exemples, entres autres statistiques alarmantes : -33% d’oiseaux français en 15 ans, -75% d’insectes volants allemands depuis les années 1990, -60% d’un panel de 4 005 espèces sauvages dans le monde entre 1970 et 2014.

En dessin, c’est toujours plus clair et ça fait ça :

Les oiseaux français avant ° ° ° ° ° ° ° ° ° °

et après ° ° ° ° ° °

Les insectes allemands avant ° ° ° ° ° ° ° ° ° °

et après ° ° °

Les espèces sauvages avant ° ° ° ° ° ° ° ° ° °

et après ° ° ° °

Comme pour le permis, c’est emmerdant de perdre des points. Et là, quand y’a plus de points, y’a plus de points. Y’a pas de stage pour rattraper ou de permis à repasser. Perdu c’est perdu. Point final.

Avec de tels chiffres (-33, -75,-60%), chez les humains, on n’hésiterait pas bien longtemps avant de parler de génocide. Chez les animaux, ça reste des chiffres vaguement abstraits, qui ne nous concernent pas beaucoup. Jusqu’à ce qu’on s’aperçoive qu’il n’y a plus d’oiseaux dans les arbres, ou si peu. Que la forêt et les campagnes sont bien silencieuses. Que les animaux, en plus d’être souvent mignons, sont utiles à l’endroit où l’on vit.

Les abeilles par exemple. Si on en parle tant, c’est parce que c’est la représentante star des « animaux pollinisateurs » qui permettent notamment à 70% des plantes françaises de se reproduire, de se multiplier. Bah oui, car une pomme, une poire, un concombre et bien d’autres végétaux sont une bande d’assistés qui ont besoin d’animaux pollinisateurs pour se reproduire et ne pas s’éteindre. S’il n’y a plus ou plus assez de pollinisateurs, il va falloir faire preuve d’imagination pour faire une soupe à l’oignon sans oignons, une tarte aux pommes sans pommes, une ratatouille sans tomates ni aubergines, du guacamole sans avocat, pour se réveiller sans café et combler les envies de fraises sans fraises. Et sans ces pollinisateurs et sans ces végétaux, il faudra probablement faire ses adieux aux animaux qui en avaient besoin. Et ne comptez pas sur le chocolat pour vous réconforter de la perte de ces êtres chers, il aura lui aussi disparu.

De la science-fiction tout cela ? Que nenni, il s’agit d’un risque sérieux et bien réel, que le monde actuel a semble-il décidé de prendre avec une inconscience toute adolescente.

Et encore, si c’était le seul risque. Mais vous pouvez ajouter un autre terrible fléau qui nous fait signe à l’horizon tout proche : le réchauffement climatique.

Le réchauffement climatique

Beaucoup d’activités humaines rejettent du CO2 dans l’air. On va rejeter du CO2 et d’autres gaz à effet de serre en se chauffant, en transportant, en produisant de l’énergie à partir de combustibles fossiles, en fabriquant des choses. Eh bien ce CO2 a la fâcheuse tendance à faire réchauffer la planète. (Il y a bien des plantes qui captent le CO2 et qui limiteraient un peu les dégâts, mais elles n’ont pas la côte en ce moment, faut dire que ces trucs verts c’est quand même plus joli transformé en PQ ou en tabouret, et plus utile quand ça laisse sa place pour de l’huile de palme ou un centre commercial).

Les discussions en ce moment portent surtout sur le degré d’augmentation à la fin du siècle. En gros, c’est déjà acquis qu’en 2100 (dans 81 ans, moins que l’espérance de vie d’une femme en France) on aura augmenté la température moyenne de la planète et les gouvernements discutent de temps à autres pour savoir à combien ils veulent limiter cette hausse. L’Acccord de Paris de 2015 a fixé la hausse à +1,5°C en 2100 (et c’est déjà beaucoup).

Le problème, c’est qu’il ne suffit pas de l’écrire et de le dire pour que ce soit fait. Encore faut-il se donner les moyens d’y arriver vraiment. Et ce n’est pas le cas. Or si on ne fait rien et qu’on continue comme si de rien n’était Madame la marquise, ce qui a l’air d’être la cas, ce ne sera pas +1,5°C, mais +5,5°C en 2100. Et là c’est le désastre du désastre pour tout le monde : animaux, plantes, humains, sans distinction.

Malgré ça, la plupart des gouvernements occidentaux blablatent et tentent de régler le problème comme ils le font souvent : ils s’engagent à faire quelque chose et ne le font pas pas ou qu’à moitié, ils travestissent les chiffres en les interprétant comme ça leur chante et ils se préoccupent de leur obsession obsessionnelle : l’économie.

Le problème c’est qu’on ne peut pas faire de la politique et des promesses politiques (vides donc) avec quelqu’un qui s’en fout : la planète. C’est pas avec un beau sourire, un beau document et de beaux discours que vous allez la convaincre de ne pas trop rougir. Si elle veut faire des sécheresses, des tsunamis, des inondations, elle le fait. Pas facile la planète, pas coopérative. On lui a bien fait comprendre de se manifester plus tard, que là ça dérange, c’est pas le moment, mais elle n’écoute rien et n’en fait qu’à sa tête. En plus elle s’en fout de l’économie. Pas étonnant qu’elle soit si mal barrée.

Quittons un instant cette tête de mule et revenons à nos moutons croulants de chaleur. +5,5°C en 2100. Ajoutez ça à la température actuelle et ça vous donnera une petite idée. Vous passez de 17°C à 22,5°C ? de 10 à 15,5°C ? de 30 à 35,5°C ? Trump dira surement que c’est chouette quand il fait plus chaud. Oui c’est vrai mais c’est moins chouette les catastrophes naturelles, la montée des eaux (snif Arcachon) , les millions ou milliards de personnes qui devront chercher un autre endroit où habiter (ne croyez pas d’office que vous et votre lignée sera épargnée, ce n’est pas réservé aux Africains), la galère pour produire de quoi nourrir une population mondiale encore plus nombreuse, la disparition (encore) d’espèces animales et végétales,…

Bref, c’est la merde et on a clairement un problème.

Et on fait quoi ?

Je me suis toujours demandé si pendant la guerre j’aurais été dans la résistance, en espérant que oui. Je me suis souvent interrogée sur le fait que la population allemande avait « laissé faire » l’extermination d’être humains. Je me suis toujours dit qu’à leur place j’aurais espéré lutter contre ça, me révolter, faire quelque chose. Je me suis toujours dit que je serais du côté des bons, des gentils et que j’agirais.

Et j’en suis là aujourd’hui. La guerre de notre système économique contre notre planète est là, elle existe. Toutes les formes de vie sur terre, y compris humaine, sont menacées au nom de l’économie. Il est évident qu’il faut agir, qu’on ne peut pas laisser faire et que le bon côté est facile à deviner.

Il faut agir, mais en faisant quoi ? Notre fonctionnement est si irrationnel, si illogique, si stupide, si court-termiste, que j’ai eu du mal à analyser le problème et à me sortir de la stupeur, de l’angoisse, du vertige. Le problème me semblait si gros et mes moyens d’actions si petits.

Mais maintenant je sais quoi faire (en plus de réduire les déchets, manger bio et local, etc…).

Nous savons deux choses. La première, c’est qu’on fonce droit dans le mur à toute allure. La seconde, c’est que de manière irresponsable et insupportable, les gouvernements ne rectifient pas la trajectoire.

C’est donc aux citoyennes et aux citoyens de montrer aux gouvernements que c’est un problème, un gros gros problème qu’on n’a plus le luxe d’ignorer, qu’il faut régler aujourd’hui et pas demain.

Pour sortir de la stupeur, je ne vois que le mouvement citoyen. Agissons ensemble, marchons pour le climat, soutenons le recours de l‘Affaire du Siècle, discutons, lisons (par exemple Batho), échangeons, trouvons des solutions, regroupons-nous, luttons.

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